Photo : © : https://classic.leica-camera.com
Le Leica M4 occupe une place particulière dans l’histoire de Leica. Moins connu du grand public que le M3 ou le M6, il est pourtant considéré par de nombreux passionnés comme l’un des boîtiers M les plus aboutis jamais produits. Il n’a pas la cellule du M6, il n’a pas la réputation fondatrice du M3, il n’a pas non plus l’étrangeté du M5. Et pourtant, il représente peut-être l’équilibre le plus pur de la lignée Leica M mécanique.
Lancé en 1967, le Leica M4 arrive après deux monuments : le Leica M3 et le Leica M2. Le premier avait installé le système M dans la légende, avec une visée exceptionnelle et une qualité de fabrication devenue mythique. Le second avait rendu le système plus pratique pour les photographes utilisant le 35 mm, notamment en reportage et en photographie de rue.
Leitz avec le Leica M4 va faire quelque chose d’intelligent : il ne cherche pas à tout réinventer. Il reprend le meilleur des deux mondes, en y ajoutant des améliorations ergonomiques qui peuvent sembler modestes aujourd’hui, mais qui changeaient réellement la vie du photographe sur le terrain à cette époque là.
Pour moi, le Leica M4 est un boîtier de transition au sens noble du terme. Il n’est pas une rupture. Il est une synthèse. C’est un Leica M qui arrive à maturité et très honnêtement, pour ceux que travailler sans cellule ne rebute pas, c’est un excellent appareil encore aujourd’hui : un M6 sans posemètre.
Un peu d’histoire : après le M3 et le M2
Lorsque Leica présente le M4, la photographie est déjà en train de changer. Les reflex prennent de plus en plus de place, notamment chez les photographes professionnels. Nikon, Canon, Pentax ou Minolta proposent des appareils de plus en plus efficaces, avec une visée reflex qui rassure beaucoup de photographes, surtout pour les longues focales, la macro, le studio ou la photographie au téléobjectif.
Le télémétrique, lui, conserve ses forces : compacité, silence, discrétion, qualité de visée, rapidité de mise au point avec les focales classiques. Mais Leica ne peut pas simplement continuer à produire le M3 comme si le monde n’avait pas changé.
Le M4 va donc moderniser l’usage du Leica M sans trahir son esprit.
C’est là toute son intelligence. Il reste entièrement mécanique, sans cellule intégrée, sans électronique, sans automatisme (sans pile). Mais il devient plus rapide à charger, plus rapide à rembobiner, plus agréable à utiliser. Il garde la noblesse de fabrication des premiers Leica M, tout en apportant une ergonomie plus moderne.
Le Leica M4 est souvent présenté comme le dernier Leica M de cette première grande période artisanale. C’est une formule un peu rapide, mais elle contient une part de vérité. Après lui viendront le M5, plus volumineux et plus audacieux, puis les M4-2 et M4-P, dont la fabrication sera davantage rationalisée. Le M4 classique reste donc, pour beaucoup de collectionneurs et de photographes, l’un des derniers grands Leica mécaniques de l’âge d’or.
Le chargement rapide : une vraie évolution
L’une des grandes nouveautés du Leica M4 concerne le chargement du film.
Sur les Leica M3 et M2, le chargement demandait plus d’attention. Il fallait retirer la bobine réceptrice, engager correctement l’amorce du film, vérifier que tout était bien en place. Avec l’habitude cela allait vite, mais cela restait une opération un peu plus délicate, surtout dans la rue, en reportage, ou dans une situation où l’on veut changer de film rapidement. Avec le M4, Leica introduit un système de chargement rapide. Le film n’a plus besoin d’être engagé de la même manière dans une bobine amovible. On insère l’amorce, on referme la semelle, et le système vient placer le film correctement. Les utilisateurs de M6 connaissent bien cela. Dit comme cela, ce détail peut sembler secondaire. Mais sur le terrain, c’est important. Un appareil photo n’est pas seulement une fiche technique. C’est un outil que l’on manipule. Le temps passé à charger un film, à rembobiner, à armer, à cadrer, à faire la mise au point, tout cela fait partie de l’expérience photographique. Le M4 ne rend pas la photographie plus automatique. Il la rend plus fluide.
La manivelle de rembobinage
Autre amélioration importante : la manivelle de rembobinage inclinée.
Sur les modèles précédents, le rembobinage se faisait avec un bouton, plus lent et moins pratique. Le Leica M4 adopte une manivelle inclinée, beaucoup plus rapide à utiliser. Là encore, ce n’est pas un gadget. C’est une évolution pensée pour les photographes qui travaillent vraiment avec leur appareil. En reportage, lors d’un voyage, dans la rue, ou simplement lorsque l’on photographie régulièrement, ces détails comptent. Ils créent une relation plus naturelle avec le boîtier. On n’a pas l’impression d’utiliser un appareil compliqué. On utilise un outil précis, dense, logique. C’est pour cela que le M4 est si apprécié : il conserve l’âme mécanique du Leica M, mais il corrige certains petits ralentissements des modèles précédents.
Le viseur du Leica M4
Le viseur du Leica M4 est l’un de ses grands atouts.
Il propose les cadres lumineux pour les focales 35 mm, 50 mm, 90 mm et 135 mm. C’est une évolution très importante, car elle réunit dans un même boîtier des focales essentielles du système Leica M. Le 135 mm vient d’apparaître par rapport au Leica M2. Le viseur est au rapport 0,72 comme le M2. La visée télémétrique reste évidemment une expérience à part. On ne regarde pas le monde comme dans un reflex. On voit le cadre, mais aussi ce qui se passe autour du cadre. On anticipe. On attend. On compose avec le hors-champ. C’est l’une des grandes forces du Leica M, et c’est encore plus vrai en photographie de rue.
Caractéristiques techniques du Leica M4
Le Leica M4 est un appareil télémétrique argentique 24×36 utilisant le film 35 mm. Il possède une monture Leica M et fonctionne entièrement de manière mécanique. Il n’a pas de cellule intégrée. L’exposition se fait donc à l’aide d’un posemètre externe, d’une cellule à main, d’un petit posemètre monté sur la griffe, ou simplement avec l’expérience. Son obturateur mécanique à rideaux offre les vitesses classiques de 1 seconde à 1/1000 s, ainsi que la pose B. La synchronisation flash se fait au 1/50 s. Le boîtier dispose d’une griffe porte-accessoire, mais pas d’une griffe flash avec contact central comme on le trouvera plus tard sur d’autres modèles. Le flash se connecte par les prises de synchronisation. Le viseur propose un grossissement de 0,72x et les cadres lumineux pour les focales 35 mm, 50 mm, 90 mm et 135 mm. Le compteur de vues se remet automatiquement à zéro lors du chargement du film, ce qui reprend l’élégance pratique du M3. On y trouve un levier d’armement couté et articulé. Le boîtier pèse environ 560 grammes (Laiton embouti, pour capot et semelle). En main, cela donne cette sensation très particulière des Leica M classiques : dense, compact, solide, mais jamais inutilement encombrant. C’est un appareil que l’on peut porter longtemps, surtout avec une optique compacte comme un Summicron 35 mm, un Summicron 50 mm ou un petit Elmar.
Flash : nouvelles prises normalisées coaxiales de 3 mm
Summilux.net nous apprend : ‘Une autre différence entre le Leica M4 et ses prédécesseurs M3 et M2 est l’utilisation d’une résine optique synthétique, polymérisée aux rayons ultra-violets, pour l’assemblage des deux prismes du viseur. Cette résine remplace le baume du Canada utilisé antérieurement ; avec le temps, le baume est en effet susceptible de se rétracter, ce qui peut entraîner la séparation des prismes (incident cependant très rare)’.
Existe en version chromée (premier : 1175001), puis modèles émaillés noirs. Ernst Leitz Canada en produisit également. Arrêt de la production en 1971 avec le numéro 1286700 mais reprit fin 1973. 1974 : quelques modèles avec nouveau chromage mis au point pour le M5. Quelques M4 noirs réalisés pour recevoir des moteurs électriques (désignations M4MOT ou M4M). Guide collectionneur 1925 – 1975. Nombre de boîtiers réalisés : 59441.
Séries spéciales Leica M4
1970 : série M4 ‘Bundesswehr’ (Forces Armées Allemandes) – Photos © www.leitz-auction.com





1972 : M4 ‘KE-7A’ pour l’armée américaine, réalisé par Leica Canada – Photos © www.leitz-auction.com




1975 : série spéciale pour commémorer le cinquantenaire du ‘Leica’ – 1750 exemplaires anodisés noir avec gravure en façade »50 Jahre » avec deux feuilles de chêne – Photos © www.leitz-auction.com




Leica M4-2
Il faut bien distinguer le Leica M4 classique des Leica M4-2 et M4-P. Le Leica M4 classique est le modèle original, produit principalement entre 1967 et 1975. C’est celui qui intéresse le plus les puristes et les collectionneurs, notamment dans les versions chromées en bel état ou dans les versions noires plus rares.

Le Leica M4-2 (1977-1980) arrive ensuite, à la fin des années 1970. Après l’échec du Leica M5, Leica conçoit le M4-2 qui reprend l’esprit du M4, mais avec une production plus rationalisée. Il ajoute certaines possibilités comme la compatibilité avec un moteur et une griffe flash, mais il perd aussi certains éléments, notamment le retardateur. Pour certains, il est moins noble que le M4 classique. Pour d’autres, il représente un excellent Leica M mécanique, souvent plus accessible. Produit à 16000 exemplaires. Summilux.net nous apprend : ‘Les 95 premiers M4-2 présentent une pastille rouge « Leitz » sur la façade avant. Ces premiers modèles sortis des chaînes canadiennes souffrent d’une mauvaise réputation : ils seraient moins fiables que les suivants.’ Photo Leica M4-2 (made in Canada) – © : Ebay
Séries spéciales Leica M4-2
1977 : M4-2 Olive pour la Tank Division of the Israel Army – Photos © www.leitz-auction.com





1979 : M4-2 Gold : 100 ans de la naissance d’Oskar Barnack – Photos © www.leitz-auction.com





Leica M4-P
Le Leica M4-P (1980-1987), quant à lui, ajoute les cadres pour le 28 mm et le 75 mm. C’est l’apparition des doubles cadres dans le viseur ! Il annonce clairement la transition vers le Leica M6, puisque le M6 sera, dans son esprit général, très proche d’un M4-P auquel Leica aura ajouté une cellule TTL. Ils sont fabriqués en zinc et ont la pastille Leitz rouge. Numéros de série : de 1543351 à 1692950.
C’est pour cela qu’il ne faut pas voir le M4 comme un simple ancien modèle. Il est au contraire une pièce centrale de l’histoire Leica. Sans le M4, il n’y aurait pas vraiment le M6 tel que nous le connaissons.
Photo Leica M4-P (made in Canada) – © : https://classic.leica-camera.com

Séries spéciales Leica M4-P
Il existe une série très limitée de 200 exemplaires: M4-P « Everest » réalisée en 1982 qui célèbre l’ascension du Mont Everest par une équipe d’alpinistes canadiens – Photos © www.leitz-auction.com




Puis en 1983, se sera la série spéciale (2500 ex) ’70 years Ur-Leica’ en chromés brillants en hommage aux tous premiers essais dOskar Barnack en 1913 – Photos © www.leitz-auction.com




1983 : M4-P Top dealer Award’
1984 : Press 84 (out of Olympic 84)
Fiabilité et longévité
Le Leica M4 bénéficie d’une réputation de grande robustesse. C’est un boîtier mécanique, construit avec un très haut niveau d’exigence. Bien entretenu, il peut continuer à fonctionner pendant des décennies. Un responsable technique de chez Leica m’a confié que c’était un des appareil les mieux construit dans la famille des M mécanique.
Mais attention : un Leica M4 reste aujourd’hui un appareil ancien. Selon son histoire, son usage, son stockage et ses précédentes réparations, son état peut varier énormément. Un bel aspect extérieur ne garantit pas toujours un fonctionnement parfait.
Avant d’acheter un M4, il faut vérifier l’état du télémètre, la précision des vitesses lentes, la régularité de l’obturateur, l’état des rideaux, le bon fonctionnement du chargement, du compteur de vues et du rembobinage. Il faut aussi vérifier que les cadres du viseur s’affichent correctement et que la mise au point est bien calée.
Comme pour tous les Leica argentiques anciens, une révision sérieuse peut être nécessaire. Il ne faut pas l’oublier dans le budget. Un M4 qui n’a pas été entretenu depuis longtemps peut parfaitement être magnifique en vitrine, mais demander une vraie intervention avant d’être utilisé sereinement.
Leica M4 ou Leica M6 ?
La question revient souvent : faut-il choisir un Leica M4 ou un Leica M6 ?
Le M6 est plus pratique grâce à sa cellule intégrée. Pour beaucoup de photographes, c’est le meilleur compromis entre tradition mécanique et confort moderne. C’est un appareil que l’on peut utiliser plus facilement au quotidien, surtout si l’on ne veut pas travailler avec un posemètre externe. Le M4, lui, est plus dépouillé. Il est plus proche de l’expérience originelle du Leica M. Il oblige à penser davantage la lumière. Il est peut-être moins pratique, mais plus pur dans son intention. Si vous voulez un Leica argentique pour travailler vite avec une cellule intégrée, le M6 est évidemment un choix très logique. Si vous voulez un Leica mécanique sans compromis, avec une ergonomie plus moderne qu’un M3 ou un M2, le M4 est l’un des choix les plus élégants.
Conclusion
Le Leica M4 n’est pas seulement un appareil photo ancien. C’est l’un des grands équilibres de l’histoire Leica. Il représente un moment précis où la marque cherche à améliorer l’usage sans abandonner la philosophie du système M. Il est mécanique, silencieux, compact, précis. Il ne cherche pas à impressionner par une nouveauté spectaculaire. Il séduit par sa cohérence. Tout semble à sa place. Rien n’est vraiment superflu. Chaque amélioration sert le photographe. Le M4 est peut-être moins célèbre que le M6, mais il mérite largement sa place dans la légende Leica. Il est l’un de ces boîtiers que l’on comprend vraiment en le prenant en main. Pas seulement en lisant sa fiche technique, mais en armant le film, en regardant dans le viseur, en faisant la mise au point, puis en déclenchant. C’est un appareil qui rappelle une chose essentielle : la photographie n’a pas toujours besoin de plus de technologie. Elle a parfois besoin d’un outil juste, silencieux, durable, et d’un photographe attentif.
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© Yann MATHIAS – 2026