Un noir et blanc différent
L’ILFORD XP2 Super est un film noir et blanc de sensibilité nominale ISO 400/27°, mais sa technologie est très différente de celle d’une pellicule noir et blanc traditionnelle comme une HP5 Plus, une FP4 Plus ou une Delta 400. Il s’agit d’un film chromogène, conçu pour être développé dans la chimie couleur négative C-41.
Une image constituée de colorants et non principalement d’argent métallique
Dans une émulsion noir et blanc classique, l’exposition transforme indirectement les cristaux d’halogénures d’argent exposés en argent métallique au cours du développement. Ce dépôt d’argent constitue ensuite directement l’image négative. Le XP2 fonctionne différemment. Les halogénures d’argent restent à l’origine du processus photosensible, mais lors du développement C-41, leur réduction entraîne une réaction entre le révélateur oxydé et des coupleurs chromogènescontenus dans l’émulsion. Cette réaction produit des colorants qui constituent l’essentiel de l’image finale. L’argent est ensuite éliminé lors des étapes de blanchiment et de fixation. On obtient donc un négatif noir et blanc dont l’image est essentiellement constituée de nuages de colorants, et non d’une structure importante de grains d’argent métallique. C’est cette particularité qui explique une grande partie du comportement visuel du XP2, notamment son grain extrêmement discret.
Un grain particulier
Il est donc légèrement impropre de comparer directement le « grain » du XP2 à celui d’une HP5 ou d’une PAN 100 comme s’il s’agissait du même phénomène physique. Sur un film conventionnel, ce que nous percevons comme du grain provient principalement de la structure irrégulière des amas d’argent métallique présents dans l’émulsion développée. Sur le XP2, l’image étant chromogène, elle est constituée principalement de nuages de colorants. Visuellement, ceux-ci produisent une structure généralement beaucoup plus fine et plus douce. ILFORD décrit d’ailleurs le XP2 Super comme un film offrant à la fois une grande netteté et un grain très fin. Cette caractéristique donne au XP2 une apparence assez particulière : pour une sensibilité nominale de 400 ISO, le grain apparent peut être nettement inférieur à celui de nombreux films noir et blanc argentiques traditionnels de même sensibilité.

Une relation exposition/grain inhabituelle
L’une des caractéristiques les plus intéressantes du XP2 est que son comportement face à l’exposition est presque contre-intuitif pour un photographe habitué aux films noir et blanc classiques. ILFORD indique que le meilleur compromis entre netteté et grain est obtenu à EI 400, mais qu’en surexposant le XP2, son grain apparent devient encore plus fin. Le fabricant recommande notamment EI 200 lorsqu’on recherche un grain plus fin, et indique qu’il est possible de descendre jusqu’à EI 50 pour obtenir le grain le plus discret, au prix de négatifs beaucoup plus denses. C’est un comportement remarquable : contrairement à l’idée habituelle selon laquelle augmenter l’exposition risque de renforcer certains effets de structure de l’émulsion, le XP2 profite réellement d’une exposition généreuse. On peut donc schématiquement considérer :
EI 400 : équilibre optimal entre sensibilité, netteté et finesse de grain.
EI 200 : négatif plus dense, ombres particulièrement bien enregistrées et grain encore plus discret.
EI 50–100 : grain extrêmement fin et négatif très dense, à réserver aux situations où la lumière disponible est abondante.
EI 800 : sensibilité utilisable avec seulement une légère dégradation qualitative.
Une latitude d’exposition exceptionnellement importante
Le XP2 Super est nominalement un film ISO 400, mais ILFORD indique qu’il peut être exposé entre EI 50 et EI 800tout en conservant un traitement C-41 standard, sans modification du développement. Il est même possible d’utiliser plusieurs indices d’exposition sur une même pellicule et de faire ensuite développer toute la bobine normalement en C-41. Il faut cependant bien comprendre ce que cela signifie. Le XP2 ne devient pas réellement un film de sensibilité différente à chaque photographie. C’est sa très grande latitude d’exposition qui permet de conserver des négatifs exploitables malgré des expositions très différentes. Autrement dit, photographier le XP2 à 100 ISO revient essentiellement à lui donner deux diaphragmes d’exposition supplémentaires par rapport à sa valeur nominale. Le traitement reste identique et le négatif devient plus dense. Cette tolérance est particulièrement intéressante lorsque la scène possède une grande dynamique lumineuse, notamment lorsque des ombres profondes doivent cohabiter avec des hautes lumières importantes. ILFORD souligne spécifiquement la capacité du XP2 à préserver les informations dans les ombres et les hautes lumières.
Pourquoi supporte-t-il si bien la surexposition ?
Comme la majorité des films négatifs, le XP2 tolère naturellement beaucoup mieux la surexposition que la sous-exposition. Augmenter l’exposition permet aux zones sombres de recevoir davantage de photons et donc d’enregistrer plus d’informations. Les hautes lumières produisent parallèlement un négatif plus dense, mais restent généralement exploitables grâce à la latitude importante du film. Pour cette raison, lorsqu’on recherche une qualité maximale plutôt qu’une vitesse élevée, une exposition autour de EI 200 constitue un choix particulièrement intéressant : elle donne davantage de sécurité aux ombres tout en conservant une excellente restitution des hautes lumières et en diminuant encore la perception du grain.


Sous-exposition
Le comportement à la sous-exposition est également très bon pour un film négatif. ILFORD autorise officiellement une utilisation jusqu’à EI 800 sans modification du développement C-41. Mais comme avec tout négatif, le problème fondamental de la sous-exposition reste l’enregistrement des ombres : une zone qui n’a reçu qu’un nombre insuffisant de photons ne contient tout simplement pas suffisamment d’information. Le scanner ou le tirage peuvent augmenter le contraste ou éclaircir cette zone, mais ils ne peuvent pas recréer une information qui n’a jamais été enregistrée. Pour obtenir toute la qualité du XP2, il est donc généralement plus judicieux de privilégier une exposition généreuse plutôt que de chercher systématiquement à protéger les hautes lumières comme on pourrait le faire en photographie numérique.
Le XP2 et la numérisation
Le XP2 possède également un avantage technique majeur lors de la numérisation : comme l’image finale est constituée principalement de colorants et non d’argent métallique, il est compatible avec les systèmes de suppression automatique des poussières utilisant un canal infrarouge, comme Digital ICE. ILFORD présente explicitement cette compatibilité comme l’un des avantages du film. Sur un film noir et blanc argentique conventionnel, l’argent métallique bloque fortement le rayonnement infrarouge. Le scanner ne peut alors pas distinguer correctement les poussières de l’image photographique elle-même. Avec le XP2, la couche image étant principalement constituée de colorants, le canal infrarouge peut beaucoup plus facilement détecter les poussières et certaines rayures indépendamment de l’image. Pour quelqu’un qui numérise régulièrement ses films, cette caractéristique représente un avantage considérable.
Une base adaptée au véritable tirage noir et blanc
Contrairement à certains anciens films chromogènes noir et blanc destinés prioritairement aux minilabs couleur, le XP2 ne possède pas le masque orange caractéristique des films négatifs couleur. Son négatif possède une teinte grisâtre à légèrement rosée et peut être tiré directement sur un papier photographique noir et blanc traditionnel. On peut donc l’utiliser dans une chaîne totalement argentique : prise de vue sur film, traitement C-41, puis agrandissement sous agrandisseur sur papier noir et blanc.
Support du film
En format 135, le XP2 Super est couché sur une base acétate de 0,125 mm, soit environ 5 mil. En format 120, la base est légèrement plus fine, 0,110 mm, et possède une couche anti-halo éliminée pendant le traitement. Cette couche anti-halo limite les réflexions de lumière à travers le support du film et participe au maintien d’une bonne définition dans les zones de fort contraste.

Sensibilité spectrale et filtres
Le XP2 est un film panchromatique et peut être utilisé avec les filtres habituels du noir et blanc : jaune, orange, rouge, vert, mais également avec des filtres polarisants ou à densité neutre. ILFORD attire néanmoins l’attention sur les cellules TTL de certains appareils : avec des filtres orange ou rouge très denses, la mesure effectuée à travers l’objectif peut conduire à une sous-exposition pouvant atteindre environ 1,5 IL.
Réciprocité
Pour les poses comprises entre 1 seconde et 1/10 000 s, ILFORD ne demande aucune correction particulière de réciprocité. Au-delà d’une seconde, le temps d’exposition doit en revanche être augmenté. La documentation technique d’ILFORD fournit l’équation : Ta = Tm^1,31 où Tm représente le temps indiqué par la cellule et Ta le temps d’exposition réellement corrigé. Le XP2 n’échappe donc pas à la loi de réciprocité lors des poses longues, même si son comportement reste relativement simple à prévoir.
Ce que le XP2 apporte réellement
L’ILFORD XP2 Super est finalement un film assez singulier. Il associe la prise de vue et l’esthétique d’un véritable négatif noir et blanc à une technologie issue du traitement couleur. Sa structure chromogène lui permet de réunir plusieurs qualités rarement présentes simultanément : 400 ISO, grain extrêmement fin, excellente définition, immense latitude d’exposition, développement C-41 standard et compatibilité avec les systèmes infrarouges de dépoussiérage des scanners. C’est également un film sur lequel surexposer légèrement est souvent bénéfique. Pour un usage général, 400 ISO reste sa sensibilité nominale et donne le meilleur compromis global. Mais lorsqu’on dispose de suffisamment de lumière et que l’on recherche avant tout une très grande finesse de rendu, l’exposer à 200 ISO est probablement l’une des utilisations les plus intéressantes du XP2.
C’est ce qui en fait un film assez paradoxal : il possède la souplesse d’un négatif couleur moderne, tout en restant un véritable outil de photographie noir et blanc.
Méthode de numérisation
Système VALOI EASY 120 avec passe-vue 135
APN : Nikon Z50 II + 105 Macro 2,8 Nikkor
Résultats tests : inversion négatif Lighroom
Développement et interprétation : DxO Silver EFex 9
Code partenaire Digit-Photo.com : MATHIAS
Code promo (-15%) DxO : PAR_YM25
Exemples de photos XP2 super
Lien galerie : https://yannmathias.book.fr/galeries/resultats-ilford-xp2-super/