Ricoh GR (l’histoire)

Ricoh GR IV
Ricoh GR IV

La série Ricoh GR c’est à l’origine, la volonté d’offrir une grande qualité d’image dans un appareil suffisamment petit pour tenir dans une poche. Cette philosophie, Ricoh ne l’a jamais abandonnée, même lorsque le marché poussait vers toujours plus de fonctionnalités, d’écrans orientables ou de boîtiers imposants, même si Sony quelques années plus tard démontre que l’on peut avoir écran orientable, viseur électronique escamotable sur sont RX100 VI. La gamme GR s’est construite autour de la rapidité et de l’efficacité, des qualités qui ont séduit des générations de photographes de rue.

L’histoire commence au milieu des années 1990, en 1996 avec le Ricoh GR1, un compact argentique 35 mm doté d’un objectif fixe de 28 mm f/2,8, d’une finesse remarquable et d’une qualité optique qui rivalisait déjà avec des systèmes bien plus encombrants. Sa vite d’obturation grimpe jusqu’au 1/500s et il intègre déjà le SNAP focus (je vous ferrai un article). À une époque où les compacts étaient souvent perçus comme des appareils secondaires, Ricoh proposait un outil sérieux, pensé pour photographier vite et juste, sans artifice. Il se place directement en concurrence avec le Nikon 28 Ti et le Minolta TC-1. Le GR1 est rapidement devenu un appareil culte, notamment au Japon, où la photographie de rue occupait déjà une place culturelle importante. Il était équipé d’un flash intégré.

1998 : ce sont les GR1s (Mise à jour du GR1 : traitement multicouches plus élaboré de l’objectif, possibilité par une baïonnette permettant de mettre un pare-soleil livré avec l’appareil et le viseur à cadres LCD s’éclaire automatiquement en cas de faible luminosité) et GR10 (version allégée, tout automatique du GR1s) qui voient le jour.

2001: c’est le GR21 qui sort avec une focale de 21 mm !

2001 : dernière évolution du GR1, c’est le GR1v qui permet entre autres d’indiquer le ISO manuellement (avant il n’y a avait que la possibilité de codage DX et lorsque le codage n’existait pas, l’appareil se mettait sur 100 ISO) et qui ajoute en plus du mode SNAP des distances de mise au point réglables : 1, 2, 3, 5 mètres et infini.

Lorsque le numérique commence à s’imposer au début des années 2000, Ricoh choisit de ne pas renier cet héritage et lance en 2005 le GR Digital (boîtier en magnésium). Le capteur est encore modeste (capteur CCD 1/1.8 » de 8,1 millions de pixels), mais l’esprit est intact : une focale fixe équivalente 24×36 à 28 mm ouvrant à f/2,4, un contrôle manuel très poussé et une ergonomie pensée pour le photographe (apparition des doubles molettes : avant et de pouce). l’obturateur monte au 1/2000s. Le flash intégré est escamotable. On peut ajouter un pare-soleil et un complément optique 21 mm. Le mode SNAP est fixé à 2,5 m. En 2007 le modèle évolue avec le GR Digital II offrant un capteur de 10,3 Mpx. En 2009 sort le Ricoh GR Digital III dont les résultats sont meilleurs en bruit et ouvrant à f/1,9. C’est une petite mise à jour du Digital II. Puis en 2011 sort le Ricoh Digital IV avec une augmentation ‘théorique’ de la sensibilité à 3200 ISO (au lieu de 1600).

Le véritable tournant arrive en 2013, lorsque Ricoh introduit un capteur APS-C de 16 Mpx dans un boîtier toujours aussi compact. À ce moment-là, le Ricoh GR devient presque un objet paradoxal : un appareil plus petit que la plupart des hybrides, mais capable de produire des fichiers comparables à ceux de systèmes beaucoup plus lourds. Cette évolution marque définitivement l’entrée de la gamme GR dans le monde des outils ‘professionnels’, tout en conservant sa discrétion légendaire. Pour de nombreux photographes, c’est à partir de ce modèle que le GR cesse d’être un “excellent compact” pour devenir leur véritable appareil principal. Au-delà de f/5,6 il monte à 1/4000s, sa rafale est de 4 images par seconde, il intègre un filtre ND, il repasse à f/2,8 mais intègre un mode macro (10cm).

Les générations suivantes, jusqu’au GR III et au GR IIIx, ne font qu’affiner cette proposition (c’est au GRIII que les GR perdent leur flash intégré). Je ferai des articles spécifiques pour chaque appareil. Ricoh améliore l’autofocus, ajoute la stabilisation, optimise le capteur et le traitement d’image, tout en refusant d’alourdir l’appareil. Même l’apparition d’une version à focale équivalente 40 mm avec le GR IIIx s’inscrit dans une logique photographique cohérente, en s’adressant à celles et ceux qui préfèrent une vision plus resserrée et plus intime du quotidien. À aucun moment Ricoh ne cède à la tentation de transformer le GR en appareil polyvalent ou hybride .

Si les Ricoh GR ont acquis une telle aura, c’est aussi parce qu’ils ont été adoptés par des photographes emblématiques, au premier rang desquels Daidō Moriyama. Son travail radical, souvent brut, contrasté et instinctif, correspond parfaitement à l’esprit du GR, un appareil fait pour réagir à l’instant plutôt que pour le mettre en scène. Moriyama a utilisé aussi bien les GR argentiques que numériques, contribuant à ancrer la série dans une tradition photographique exigeante et profondément humaine. Au-delà des figures célèbres, la série GR s’est surtout construite grâce à une communauté mondiale de photographes anonymes qui partagent une même approche du regard et du terrain.

Les avantages des Ricoh GR tiennent autant à ce qu’ils font qu’à ce qu’ils refusent de faire. Leur discrétion permet de photographier sans attirer l’attention, leur rapidité autorise une prise de vue quasi instinctive, et leur objectif fixe oblige à penser en termes de placement et de composition plutôt qu’en termes de zoom. Le rendu d’image, souvent décrit comme très “direct”, avec un microcontraste marqué et une grande lisibilité des détails, participe à cette sensation de proximité avec la scène photographiée. Beaucoup de photographes parlent du GR comme d’un appareil qui disparaît entre la main et l’œil, laissant toute la place à l’intention.

Ricoh continue de produire des GR parce que cette philosophie reste pertinente à l’ère du smartphone. Là où le téléphone cherche à tout automatiser et à lisser les images, le GR assume une démarche inverse, en laissant le contrôle au photographe tout en garantissant une qualité d’image maximale. C’est un appareil qui ne cherche pas à séduire tout le monde, mais qui s’adresse clairement à celles et ceux pour qui la photographie reste un acte conscient et personnel. En maintenant une gamme volontairement étroite et cohérente, Ricoh protège l’identité du GR et évite de diluer ce qui fait sa force.

Aujourd’hui encore, la série Ricoh GR continue de traverser les modes et les évolutions technologiques sans perdre son âme. Elle raconte une autre histoire de la photographie, faite de simplicité, de rigueur et de liberté, où l’appareil n’est jamais une fin en soi, mais un moyen discret de rester attentif au monde. Pour beaucoup de photographes, posséder un GR, c’est accepter une certaine forme de dépouillement, mais aussi redécouvrir le plaisir de photographier pour l’essentiel.

En 2026, l’innovation continue avec la sortie du premier Ricoh GR dédié à la photographie en noir et blanc : le Ricoh GR IV monochrome.

Je vous propose quelques vidéos également

© Yann MATHIAS