Leica M5 : le premier M TTL !

Leica M5
© Leica

Présenté en 1971, le Leica M5 occupe une place unique dans l’histoire de la marque. Il est à la fois le Leica M le plus audacieux de son époque et surement le plus mal compris. En effet, né à une période de transition technologique majeure, le M5 incarne la tentative de Leica d’entrer dans la modernité sans renier son ADN.

À la fin des années 1960, Leica domine le monde du télémétrique, mais le marché bascule vers les reflex japonais. Nikon, Canon et Minolta s’imposent avec des boîtiers plus polyvalents, dotés de mesure de lumière intégrée. Leica doit réagir pour survivre. Le M5 est la réponse de Wetzlar : un Leica M entièrement repensé autour d’une mesure de lumière TTL (through the lens – à travers l’objectif), une première dans la série M, même si la mesure TTL est déjà présente dans les années 60 sur les appareils Pentax.

Une cellule TTL unique en son genre

Le Leica M5 utilise une cellule CdS mobile, montée sur un bras mécanique qui se déploie devant le rideau pour mesurer la lumière directement à travers l’objectif. Ce système offre une précision remarquable, y compris avec des optiques anciennes, des filtres et des longues focales. Au déclenchement, la cellule se rétracte automatiquement, préservant la fiabilité du mécanisme. Techniquement, le M5 est l’un des télémétriques les plus avancés de son époque. Malheureusement pour les habitués et amoureux de la marque, l’intégration de cette cellule impose une rupture esthétique. Le M5 est plus large, plus haut et plus anguleux que les Leica M précédents. Pour beaucoup d’utilisateurs, il ne correspond plus à l’image classique du Leica discret et compact. Paradoxalement, son ergonomie est exemplaire : grande molette de vitesses lisible réglable d’un doigt tout en conservant l’œil au viseur, aiguille de mesure claire dans le viseur, manivelle de rembobinage cachée dans la semelle excellent équilibre avec les optiques lourdes. l’obturateur fonctionne même lorsque la pile est usé ! Sur le terrain, le M5 se révèle être un outil redoutablement efficace. Pour ceux qui ont lu mon article sur le sceau de cire dissimulant la tête de la vis qui assemble la baïonnette au capot, c’est son abandon.

Production et échec commercial

Le Leica M5 est produit de 1971 à 1975, à environ 33 900 exemplaires (de 1287001 à 1384000 : 10750 chromés et 23150 anodisés noir). ce qui en fait l’appareil M le moins produit de toute l’histoire de Leica. Le viseur intègre les cadres 35/50/90/135. Il est le dernier Leica M fabriqué à Wetzlar. Leica Camera AG a relocalisé sa production de Wetzlar à Solms de 1986 à 2014, à la suite de la restructuration de l’entreprise et du changement de nom « Leica » après la séparation de la division appareils photo. Ensuite, en 2014, Leica a quitté Solms pour revenir à Wetzlar dans son nouveau site du Leitz Park, où la fabrication et les bureaux sont désormais centralisés. Malgré ses qualités, le M5 est un échec commercial. Son design dérange les puristes, son prix est élevé et la concurrence des reflex est féroce. Leica met fin à sa production et revient à un design plus classique avec le M4-2, abandonnant temporairement la mesure TTL. Pendant des décennies, le M5 sera perçu comme une erreur. Pourtant, son influence est réelle : la mesure TTL reviendra définitivement avec le Leica M6 (en 1984), et nombre de solutions ergonomiques du M5 seront reprises plus tard.

Photo ci-dessous : on peut adapter un chambres reflex ‘Visoflex I’ et Visoflex III sur cet appareil. Pour l’utilisation du posemètre (cellule), il est nécessaire de bien relever le miroir.

© Leica – Leica M5 instructions

Conclusion

Pour moi, le Leica M5 n’est pas un accident de parcours, mais une prise de risque assumée. Il a osé rompre avec la tradition pour tenter de faire entrer Leica dans une nouvelle ère. Mal compris à sa sortie, il est désormais reconnu comme l’un des boîtiers les plus plus intéressants de l’histoire de la marque.

©Yann MATHIAS

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