Présenté en 1954 à la Fotokina, le Leica M3 est sans doute l’appareil le plus ‘révolutionnaire’ de toute l’histoire de l’entreprise Ernst Leitz GmbH après le Ur Leica. Il ne s’agit pas seulement d’un nouveau boîtier, mais d’une véritable révolution qui redéfinit les standards du télémétrique moderne. Avec lui, Leica pose les bases d’un système qui traversera les décennies, jusqu’à être encore utilisé aujourd’hui sur les derniers M (sauf M EV1 : une version M avec viseur électronique). Comme son nom ne l’indique pas, c’est le premier modèle M construit. M vient du mot allemand Messsucher (viseur télémétrique).

Les Jacob Sisters avec une maquette de Leica M3 (1967). Photo trouvée sur le site summilux.net
Au début des années 1950, Leica domine déjà le marché avec ses appareils à vis (série Leica III), mais ceux-ci commencent à montrer leurs limites face à une concurrence de plus en plus innovante. Le M3 marque une rupture radicale : nouvelle monture à baïonnette, viseur combiné avec télémètre intégré, ergonomie entièrement repensée. Là où le Leica III était un outil précis mais complexe (viseur non couplé au télémètre), le M3 devient un instrument fluide, rapide et intuitif. Il ne lui manque qu’un posemètre intégré (certaines marques le proposent déjà), mais cela n’arrivera pas chez Leica avant le Leica M5 en 1971, bien des années plus tard.

Le Leica M3 introduit la monture M, encore utilisée aujourd’hui. Cette baïonnette permet un changement d’objectif rapide et précis, tout en garantissant un alignement parfait avec le télémètre. Le viseur est une autre avancée majeure : lumineux, contrasté, avec un grossissement de 0,91x, il reste encore aujourd’hui une référence absolue. Les cadres lumineux pour les focales 50, 90 et 135 mm apparaissent automatiquement selon l’objectif monté. D’ailleurs son non M3 vient du fait qu’il pouvait accueillir grâce à ces trois cadres, trois objectifs, trois focales : 50, 90 et 135 mm. Distance minimale de mise au point : 1 mètre. Masse : 590 g sans objectif.
Le télémètre du M3 est d’une précision exceptionnelle, notamment grâce à sa large base télémétrique. Pour la photographie de rue, le portrait ou le reportage, il offre une mise au point d’une finesse inégalée à cette époque, surtout avec des optiques lumineuses. On peut voir sur le devant de l’appareil 3 fenêtres, la première (la plus petite) est celle du télémètre, la seconde au centre (verre dépoli) sert à l’éclairage des cadres de champs, et la plus grande celle du viseur.
L’obturateur est entièrement mécanique et d’une douceur remarquable. Le déclenchement est silencieux (pour l’époque), presque feutré, ce qui contribue à la discrétion légendaire des Leica. L’avancement du film par levier (une nouveauté) remplace les molettes des anciens modèles, accélérant considérablement la prise de vue. Cette obturateur permet la pose B et monte jusqu’au 1/1000s. Rideaux tissu caoutchouté à translation horizontale.
Le compteur de vues en interne (une petite fenêtre ronde) qui se remet à zéro automatiquement quand on retire la bobine réceptrice.

Le barillet de vitesse comporte les vitesses lentes (plus besoin d’un second barillet de vitesses comme pour les modèles III). On peut voir également une encoche pour permettre l’accouplement avec le posemètre externe (Leicameter). Les premiers appareils ont un barillet de vitesses affichant ces vitesses : B – 1 – 2 – 5 – 10 – 25 – 50 -100 – 200 -500 – 1000 puis rapidement B – 1 – 2 – 4 – 8 – 15 – 30 – 60 -125 – 250 -500 – 1000 ! une vitesse de plus…
La vitesse de Synchro flash (symbole de l’éclaire) est au 1/50 s
Volet de dos avec presse film et disque de rappel de la sensibilité de la pellicule chargée (à indiquer manuellement). Attention ce disque n’est couplé à aucune cellule (l’appareil n’a pas de cellule – posemètre). Ce volet permet d’inspecter l’appareil (état du rideau, saletés éventuelles, mieux placer le film, etc.). Presse film en verre jusqu’en 1957 où il devient métallique (à partir du numéro : 844001).

L’armement : jusqu’en 1958 l’armement se fait en 2 mouvements. À parti du numéro 915251, ce n’est plus le cas.
2 prises de synchronisation flash au dos : flash électronique (X) / flash magnésium (M)
Sélecteur de cadres avant : les premiers modèles sortent sans sélecteur de cadre, car dernier apparait en 1955 (avec le numéro 785801)
Leica Summaron-M 2.8/35mm pour Leica M3 avec correcteur de visée (fabrication de 1956 à 1974)

Le M3 fut disponible pratiquement qu’en chromé. Il n’existe que 150 exemplaires MP et environ 4000 M3 en noir venant pour la plupart de la succursale Canadienne. Il y eu également quelques modèles militaires allemands en gris-vert olive (feldgrau), à ne pas confondre avec l’appellation Safari, en bleu-gris pour l’aviation militaire (allemande) et en kaki pour l’armée américaine.

Noms de codes :
M3 seul : IGEMO
3.5/35 M3 Code : SOMWO
2.8/35 M3 Code : SIMOW/11 106
2.0/35 M3 Code : SAMWO/11 108
1.4/35 M3 Code : 11 871
Les M3 ‘nullserie’ : M3 de pré-série confiés à quelques photographes avant la mise ne production.

Le M3 s’impose rapidement comme l’outil de prédilection des plus grands photographes. Henri Cartier-Bresson, déjà fidèle à Leica, trouve dans le M3 une extension naturelle de sa vision, mais aussi Doisneau, Seymour, Erwitt et tant d’autres.
L’appareil devient un symbole du photojournalisme et de la photographie humaniste.
Le Leica M3 est produit de 1954 à 1966 à environ 220 000 exemplaires, un chiffre considérable pour un appareil haut de gamme de cette époque. Source Summilux.net : 226178 exemplaires exactement. Il existe en plusieurs variantes (double armement, simple armement, versions industrielles), mais toutes partagent le même niveau d’exigence mécanique. Premier exemplaire : numéro 700000, et dernier exemplaire : 1164865
Fabriqué à Wetzlar, le M3 incarne le savoir-faire allemand dans ce qu’il a de plus noble : précision, robustesse et durabilité. De nombreux exemplaires fonctionnent encore parfaitement aujourd’hui, plus de 70 ans après leur sortie.
Le Leica M3 n’est pas seulement un appareil photo, c’est une pierre angulaire de la photographie. Il a défini ce que devait être un Leica M : un outil au service du regard, dépouillé de tout superflu, d’une précision absolue. Encore aujourd’hui, il reste une référence pour les photographes exigeants. Plus qu’un boîtier, c’est une philosophie !
Sources : Leica / livre Leica 1925 – 1975 (G. Rogliatti) / Summilux.net / wikipedia
© Yann MATHIAS
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