L’histoire de l’appareil photo qui a révolutionné la photographie
Introduction : Le petit boîtier qui a tout changé
Lorsqu’on parle de photographie moderne, un nom revient toujours : Leica. Au cœur de cette légende se trouve un appareil unique : le Leica I A. Présenté en 1925, ce boîtier compact a introduit commercialement le format 35 mm et ouvert la voie à la photographie de rue et au reportage tels que nous les connaissons aujourd’hui : capturer des instants sur le vif, avoir toujours un appareil photo léger sur soi. C’est en grande partie grâce à ce petit appareil conçu il y a plus d’un siècle. Dans cet article, je retrace son histoire, ses caractéristiques et son héritage. Leica est la contraction de Leitz + Kamera. Les premières publicité présentent l’appareil sous le non de ‘Leca’.
1. La photographie avant le Leica I A : lourde et contraignante
Avant 1925, photographier signifiait souvent porter des appareils volumineux, monter sur un trépied, et préparer chaque image avec soin. Le film était au format plaque de verre ou grand format, rendant toute spontanéité difficile. C’est dans ce contexte qu’ Oskar Barnack, ingénieur chez Leica, a imaginé un appareil léger, portable et rapide, capable de capturer la vie au quotidien. Certes il existait déjà les Vest Pocket Kodak par exemple, mais au format 127 (peu de photos) et il n’était pas possible de faire la mise au point.
2. L’Ur-Leica : le prototype visionnaire
En 1913, Oskar Barnack conçoit le prototype Ur-Leica, utilisant du film cinéma 35 mm pour créer des négatifs de 24 × 36 mm. Cette idée allait poser les bases du Leica I A et du format 35 mm standardisé. Le Ur-Leica était petit, simple et ingénieux : il permettait de capturer des images spontanées, une révolution par rapport aux appareils lourds de l’époque. Il y a eu entre le Ur-Leica et le Leica I A une pré-série de Leica 0 (numérotés de 100 à 130), dont la quasi totalité des 31 exemplaires produits a été démontée après les tests (quel malheur pour nous, collectionneurs).
3. La naissance du Leica I A (1925)
3.1 Le choix audacieux de Leica
Après la guerre et plusieurs prototypes, Ernst Leitz II décide en 1924 de produire le Leica I A. La marque présente ce petit boîtier lors de la foire de Leipzig (1925), marquant le début de la production en série. Ce modèle sera le premier Leica commercial, posant les bases de la philosophie Leica : simplicité, qualité optique et mobilité.
3.2 Caractéristiques techniques du Leica I A
- Boîtier compact en métal
- Revêtement : vulcanite
- Bouton de déclenchement large (style champignon) pour les 17000 premiers
- Chargement du film par le dessous
- Objectif Elmar 50 mm f/3,5 (Max Berek) – au départ le Leitz Anastigmat puis l’Elmax.
- Obturateur à rideaux avec vitesses de 1/20 à 1/500 s
- Une barrette coudée fixée sur la façade sert de butée pour la mise au point à l’infini
- Mise au point manuelle et armement manuel
- Possibilité de rajouter un petit télémètre en accessoire
Ces caractéristiques permettent de photographier sur le vif, sans trépied, avec une précision remarquable pour l’époque.
Il en est fabriqué environ 60 000 exemplaires plus 87 « Luxus » aux parties métalliques plaquées or et au revêtement de veau, crocodile ou lézard. Une variante du I A (le C pour les États-Unis) permet d’interchanger les objectifs (le 35 f/3,5, le 135 f/4,5), mais les tirages optiques ne sont pas standardisés et les objectifs doivent être appairés avec le boitier. 3 000 unités sont fabriqués.
Attention le Leica I A a 4 objectifs possibles, mais ils ne sont pas interchangeables, contrairement au I (c)
Le dernier objectif monté fut l’Hector f/2,5 50 mm
Elmar est la contraction de Ernst Leitz + “Max Berek. Des objectifs sont sortis sous le nom Elmax

Leica I A (© Antiq Photo)
4. Le format 24 × 36 mm : une révolution
Le Leica I A utilise le film cinéma 35 mm, créant un format standard de 36 vues (sur un film de 1,5 mètre). Ce format permet :
- Des appareils plus compacts
- Une plus grande liberté de cadrage
- La multiplication des essais photographiques
Le 24 × 36 mm devient ainsi le standard universel, influençant même la photographie numérique moderne.
5. L’impact culturel du Leica I A
5.1 La photographie de rue et le reportage
Le Leica I A permet aux photographes de capturer des moments spontanés et intimes. Des artistes comme Henri Cartier-Bresson, Robert Capa ou André Kertész en feront (à partir des Leica III) leurs outils privilégiés. Le Leica I A, même si ce terme est très associé à Henri Cartier-Bresson, est le symbole du “moment décisif”, rendant possible une photographie plus vivante et instinctive.
5.2 La standardisation du 35 mm
Le format 24 × 36 mm du Leica I A (reprise du prototype Ur-Leica) devient la référence mondiale, non seulement pour la photo argentique mais aussi pour le numérique, ouvrant la voie aux appareils full-frame modernes. En numérique c’est Kodak (Kodak DCS Pro 14n) sur un boîtier de Nikon F80 qui sort le premier appareil photo numérique en full-frame (2002). Il faudra attendre 7 ans pour que Leica sorte son premier appareil photo avec capteur 24×36 le M9 (2009).
6. Les limites et exigences du Leica I A
Bien qu’innovant, le Leica I A est un appareil exigeant :
- Mise au point manuelle stricte (pas de télémètre intégré)
- Exposition sans posemètre
- Chargement du film assez délicat
Il exige de la part du photographe méthode, patience et précision. Il fallait travailler déjà à l’époque en zone focusing (à la profondeur de champ) qu’il fallait calculer. Pas de repères sur l’objectif.
7. Héritage du Leica I A et influence sur les Leica modernes
Le Leica I A est le point de départ d’une lignée commerciale ininterrompue :
- Leica II, III…
- Leica M classique
- Leica numériques (M8, M10, M11, Q3)
L’esprit du I A — simplicité, mobilité, qualité optique — perdure encore aujourd’hui. Pour les photographes de rue, le Leica I A incarne encore l’essence d’un appareil photo : capter la lumière, la vie et le moment décisif.
Conclusion : Le Leica I A, un siècle de liberté photographique
Le Leica I A n’est pas seulement un objet historique ou un objet de collection. Il est la première pierre ‘commerciale’ de la photographie moderne, celle qui a permis aux photographes de marcher, observer et capturer la vie en mouvement. Aujourd’hui encore, son héritage se retrouve dans chaque Leica, chaque cadrage instinctif, chaque photo de rue réussie. Je dis bien commerciale, car il est clair et de toute évidence que la première pierre de la photographie moderne est le Ur-Leica à mes yeux.
Yann MATHIAS
Sources : Guide du collection Leica (1925-1975) G.Rogliatti
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